Manyany__Diboundou

M. Thomas Blaise Manyanyè Diboundou dans les années 60, un témoin majeur des mutations de Malimba

Accablé par les questions de certains frères et sœurs internautes sur la signification de l'événement du 18 janvier prochain, je viens de prendre la peine de recopier pour publication, certaines pages du livre de MANYANYE DIBOUNDOU Thomas-Blaise, "HISTOIRE DU PEUPLE MALIMBA" publié en 2004 aux Editions les peuplades Sawa du Cameroun, pages 51à 75.

SG D'Edéa

A- INSTALLATION DES ALLEMANDS EN PAYS MALIMBA

Le Consul Nachtigall signe un traité avec le Roi Malimba King EBOUE appelé NJAMBE, le 22 juillet 1884. Ce traité plaçait sous protectorat allemand le bras gauche de la sanaga qui était sous sa domination.
Un mois plus tard, le 13 août 1884, le Roi PASS ALL MOUKOK'A MANYANYE, qui avait attendu en vain une réaction de la France à propos du traité du 19 avril 1883, signe un autre traité avec l'Allemagne, se plaçant sous l'obédience du Kaiser. Finalement le 18 janvier 1885, le drapeau allemand est hissé sur le bras droit du delta de la Sanaga. Après la signature de ces traités, les Allemands entreprennent une installation effective sur le territoire Malimba. Les premiers qui y arrivent sont des commerçants de la compagnie Woermann. Ils construisent une factorie sur la rive gauche du bras droit de la Sanaga. cette dernière est gérée par M. Jiergensen. ces commerçants de la factorie Woermann sont secondés par ceux de la firme Jantzen et Thormalhlen située à environ 1300 mètres de la factorie Woermann à Bongo sur le bras droit de la Sanaga. Ces magasins étaient de véritables boutiques où les Malimba pouvaient acheter des étoffes, de l'outillage et de la quincaillerie, du sel, du tabac, des armes, des lampes, du pétrole et des liqueurs. Ils y vendaient en retour des noix et de l'huile de palme, du caoutchouc sauvage, des pointes d'ivoire, du strophantus et du bois d'ébène. Plus tard, le cacao et le café s'y ajoutèrent.

Par ailleurs, plusieurs Malimba étaient recrutés dans ces factoreries comme commis. Mais le rôle principal auquel ils jouaient étaient celui d'intermédiaires commerciaux. Ce trafic était devenu pour les Malimba, en plus de la pêche, leur principale activité économique. Ils y gagnaient tellement qu'ils jugeaient inutile de faire des plantations importantes pour couvrir leurs besoins alimentaires. Ils achetaient la plus grande partie de leur nourriture auprès des tribus de l'intérieur, surtout chez les bakoko. ils étaient en plus devenus les plus forts et les mieux armés et, grâce à la présence des factoreries allemandes installées sur leur territoire, les plus redoutés et les plus puissants des intermédiaires riverains de la Sanaga.

Par conséquent, ils prélevaient un fort pourcentage de toutes les marchandises qui transitaient par leur territoire et rançonnaitent ainsi terriblement les commerçants allemands. Ce barrage commercial était contrôlé très sévèrement, et essayer de le rompre entraînait l'arrestation des passagers et la saisie de leurs biens et souvent,cela s'était soldé par la mort des prisonniers.

Le gouvernement allemand installé à Douala ne pouvait souffrir de cet état de chose qui retardait l'avancement de l'exploitation et l'occupation effective du pays, incite ses compatriotes à aller plus loin, ce qui est la base de la révolte des Malimba.

B-RÉVOLTE DES MALIMBA

Le monopole commercial que détenaient les Malimba depuis que les navires européens fréquentaient leur territoire a été remis en cause par le colonisateur allemand en 1889. les commerçants allemands tenaient à briser ce monopole pour remonter et commencer plus haut dans la sanaga, ce à quoi les Malimba s'opposaient sévèrement.

Malgré toute tentative de négociation avec les Rois Malimba dans le but d'accéder personnellement aux marchés de l'intérieur, Carl Woermann promettra aux Rois malimba de ne rien changer sur la nature des cadeaux offerts par lui chaque fin d'année. mais les rois restèrent fermes dans leurs décisions.

Toutefois, M. Weiler, agent de la firme Jantzen et Thormahlen, foulant au pied les menaces des Malimba, avait réussi par une sombre nuit de septembre 1889 à remonter le fleuve jusqu'aux chutes de la Sanaga (à edéa) sans se faire voir par les Malimba. il avait par ailleurs passé deux contrats avec les Chefs d'Edéa.

Par le premier, le Chef local concédait à la firme Jantzen et Thormahlen le droit d'acheter du terrain par le second, ce Chef s'engageait au cas où la firme en question enverrait un agent à Edéa pour apprendre aux autochtones à récolter le caoutchouc, à lui réserver sur le marché l'exclusivité de ce produit.

Les Malimba mis au courant de cet arrangement s'étaient décidés à renforcer leur surveillance. c'est alors qu'ils s'étaient aperçus que, non seulement M. Weiler cherchait à réaliser ses plans, mais que Jurgensen, agent de Woermann avait aussi l'intention de créer des factoreries, relais dans l'arrière pays Bakoko. Voyant donc leur monopole menacé, les Malimba décident au cours d'une importante réunion, d'arrêter et de tuer les blancs établis au bord du fleuve. Mais, informés du plan des malimba par la femme noire de Jurgensen, les Européens se sauvent dans la nuit du 08 janvier 1890 et se rendent à Douala. C'est ainsi que commence la détérioration des rapports entre les Allemands et les malimba.

Dès leur arrivée à douala, les factoreristes allemands font part de la situation au gouvernement. ce dernier décide alors d'envoyer une expédition punitive par MORGEN à Malimba.
Parti de l'intérieur avec une centaine de guerriers parmi lesquels se trouvaient les Elmina, les Togolais et les Voûté du Cameroun, MORGEN arrive à Malimba le 13 janvier 1890 et trouve les deux factoreries vides. Il s'y installe et envoie une lettre au Gouverneur Zimmerer qui se trouve à Douala. Le 17 janvier 1890, le Directeur M. Jurgensen et l'agent principal de la factorerie Woermann débarquent du Kehdenik, vapeur allemand en provenance de Douala, ainsi que le Directeur de la factorerie Jantzen et Thormahlen, M. Weiler. ces derniers remettent à MORGEN la réponse à sa lettre envoyée par le gouverneur. C'est ainsi que pour défendre ses compatriotes commerçants, MORGEN va se lancer dans une guerre encore moins édifiante que les autres répressions, puisqu'elle commence par un guet-apens et s'achève par les pillages et les incendies.

C-GUERRE GERMANO-MALIMBA

Le matin du 18 janvier 1890, apparaît devant la factorerie Jantzen et Thormahlen du village Malimba le Roi NJAMBE, accompagné d'un autre Chef mécontent, MASSAKO. Ces derniers avaient emmené avec eux deux grandes pirogues remplies de pagayeurs. Les Chefs venaient prendre leurs cadeaux de fin d'année comme de coutume. En effet, depuis leur installation à l'embouchure de la Sanaga, les commerçants Allemands avaient pris l'habitude de remettre des cadeaux aux Malimba à l'occasion des fêtes de Noël et de Nouvel an. Ces commerçants allaient passer ces fêtes à Douala et, dès leur retour en début janvier, les Chefs Malimba venaient récupérer leurs cadeaux.

Lorsque les pirogues de course ayant à bord le Roi EBOUE et sa suite arrive devant la factorerie Jantzen et Thormahlen, MORGEN avait déjà préparé ses guerriers pour un éventuel conflit. Il fait alors semblant d'engager des pourparler et attire les Chefs à l'écart: c'était un guet-apens. A son signal, les guerriers allemands ont ouvert le feu sur les Malimba tuant plusieurs d'entre eux dont le fils du Roi EBOUE NJAMBE appelé MBEKE EBOUE. Sous le choc, EBOUE est tombé du haut du premier étage de la maison servant de factorerie à la compagnie Jantzen et Thormahlen. Ne pouvant s'enfuir, il a été rattrapé et attaché au poteau qui soutenaient le drapeau allemand. Ils lui ont tranché la tête à l'aide d'une épée. Après ces deux incidents, très peu de Malimba avaient réussi à s'enfuir sans pirogue, le fleuve étant très large. Par ailleurs, tous ceux qui essayaient de se sauver à la nage étaient tués par les guerriers de MORGEN restés dans le Zehdenik dont on avait jeté l'ancre au large.

Les quelques rescapés ayant réussi à traverser avaient vite fait de rendre compte de la situation à leurs compatriotes. La guerre était donc déclarée. une guerre dans laquelle les Malimba devaient se lancer sans être préparée au préalable. Ils avaient donc immédiatement fait raisonner le tam-tam de guerre. MORGEN le reconnaît en disant: "seule une attaque rapide et par surprise pouvait m'assurer le succès.... Aussi je remontais rapidement le fleuve avec mes troupes à bord du vapeur Zehdenik... A mesure que nous progressions, le tam-tam de guerre résonnait plus intensémment sur la rive et les pirogues Malimba devenaient plus nombreuses. Et bientôt, nous nous trouvions peu à peu au cœur du pays rebelle".

Les Malimba, bien que n'ayant pas eu le temps de se ressaisir, s'étaient résolus à combattre l'ennemi allemand. Ils avaient en leur possession des fusil à culasse achetés chez les Européens. Ils avaient également en leur faveur la végétation des berges qui leur offrait une couverture permanente et propice aux embuscades. Par ailleurs, bien que les Malimba n'aient pas eu le temps de faire des offrandes aux "Miengu" et les esprits de la forêt, ceux-ci les ont aidés à combattre les Allemands.
En plus de leurs différentes armes, les Malimba avaient utilisé avec beaucoup de difficultés un vieux canon que les Allemands avaient abandonné dans l'un de leurs villages.

Malheureusement, après 03 jours d'intenses combats, tous les villages Malimba étaient investis. Même les villages d'esclaves installés à l'écart des établissement des hommes libres, qui ont été les plus coriaces à se défendre avaient été vaincus.

D- CONSÉQUENCES DES RAPPORTS GERMANO-MALIMBA

Les conséquences des contacts que les Malimba ont eus avec les Européens se confondent avec celles de la guerre Germano-Malimba. Tous les problèmes des Malimba commencent avec cette guerre dont la défaite les oblige à se soumettre à la pacification de ces derniers et à la soumission durable du pays. Et par ce fait même, l'ouverture du fleuve tout entier au commerce.
Ces résolutions prises par MORGEN et ZIMMERER auront des conséquences aussi bien religieuses que socio-politiques et économiques sur le peuple Malimba.

Sur le plan politique: suppression de l'esclavage (loi du 28 juillet 1895) et interdiction de mettre engage les femmes pour payer des dettes
Sur le plan socio-économique:  fermeture des factoreries Malimba au profit des factoreries relais créées le long de la Sanaga jusqu'à Edéa; dont perte du monopole commercial
Sur le plan socio-géographique: intensification de l'agriculture et dispersion
Les Malimba ayant perdu le monopole d'intermédiaires commerciaux, devaient désormais se livrer à l'agriculture en plus de la pêche pour subvenir à leurs besoins.
Il se posaient alors le problème de l'installation de cette communauté sur une terre ferme du delta de la Sanaga. c'est pourquoi les Malimba ont commencé à migrer vers des terres fermes pour créer des plantations. Ils vont donc s'installer dans une multitude de petits villages le long de la Sanaga jusqu'à Edéa.

BOSSAMBO-FARM; MALIMBA BEACH ou DIBO du MULIMBA (actuel île d'Alucam); MALIMBA-FARM; NEW-MALIMBA; MOUDINDO-FARM; DIZANGUE; MOULENDE (devenu MANOKA).

MANYANYE DIBOUNDOU Thomas-Blaise
in " HISTOIRE DU PEUPLE MALIMBA"
Editions, Les peuplades Sawa du Cameroun, 2004.