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Merci beaucoup René, merci vraiment grand-frère

Il y a des vies, des hommes et des destins que des générations entières ne produisent qu’une fois au sein d’une communauté. Emeh Elong René était foncièrement de ceux-là.

Lorsqu’en 1976 ce brillant élève du lycée d’Edéa quitte son Cameroun natal pour suivre ses études supérieures en ingéniorat à Grenoble, il ne se doute pas un instant que Quarante ans plus tard, la force de son bienfaisant caractère nous contraindrait à lui rendre un vibrant hommage.  Que c’est dur de parler au passé d’un homme qui n’a cessé de se projeter dans le futur.

A Bruxelles comme à Paris, nous nous sommes vus. Parfois tard dans la nuit, parfois aux aurores. Nous avons souvent parlé du terroir, de nos gracieux rivages de la Sanaga, de nos pirogues, de nos valeurs, mais aussi des choses simples à l’instar de l’amitié qui a toujours fait l’essentiel de ses rencontres.

Et avec quelle passion, René, nous renseignait sur l’histoire, la culture et les gens de notre région ! Et quelle sympathie ces mêmes gens manifestaient à l’homme politique qui les défendait depuis Paris avec tant de compétence et de simplicité ! Le départ de René est une souffrance au moment où s’écrivent ces lignes ensanglotées. Une de plus pour cette communauté meurtrie au plus profond de sa chaire.

Il y avait, sans doute, entre nous une communauté de pensée quant à la nécessaire fraternité à Malimba et à l’indispensable paix qui la garantit ; quant à l’amour que nous portions au Cameroun, à notre région et à ses habitants ; quant à notre volonté de les servir honnêtement, efficacement et durablement.

Père de famille, jeune grand-père, homme politique, militant associatif et bienfaiteur caritatif, l’homme était aussi un « lienfaiteur » humaniste autour de lui.  Il a été à ce sujet l’une des voix emblématiques de la communauté Malimba d’Europe. Cherchant toujours à rassembler ce qui était épars. Allant parfois hors de sa France chercher ceux des nôtres tapis dans l’oubli et la désinvolture.

Sans aucune arrogance, et bien au contraire avec son magnifique sourire si amical, René était très souvent à la recherche d’un compromis et a toujours montré son attachement à la paix dans notre communauté sans pour autant que son dévouement par ailleurs à sa parentèle Duala et Bakoko puisse jamais être remis en question.

René était un progressiste Camerounais convaincu et sans aucune concession pour les projets clivants. Un homme politique modéré, mais d’une modération qui ne cachait pas ses convictions profondes, comme celles qu’il avait pour la démocratie dans son pays natal, le Cameroun. René était un homme politique cultivé et en même temps « de terrain », très attaché au bonheur de tous et à la joie de chacun. Cet art de vivre est probablement ce qui s’appelle chez les sociologues le don de soi.  

J’ai pu moi-même m’en apercevoir ces 16 dernières années lorsque notre communauté a été en proie à de violentes querelles au sujet de la notabilité supérieure. Durant ces soubresauts d’une rare incertitude pour l’unité Malimba,  il s’est investi parfois même au péril de sa santé et de son travail pour que notre village sorte de l’impasse par le truchement du droit et de la rectitude morale.

Cette abnégation, quelle leçon pour tant des nôtres aussi paresseux qu’arrogants !

Ce volontarisme et ce sens de l’équilibre et du compromis, quelle leçon pour tant de jeunes Malimba qui n’ont pour seul horizon que l’agitation des consciences qu’ils ne peuvent satisfaire !

Cette foi aux lendemains meilleurs pour Malimba, quelle leçon pour ceux des nôtres qui parfois capitulent au premier jet de pierre et d’épine !

Sa mémoire est depuis hier l’un de nos plus grands créanciers. Notre communauté lui doit beaucoup. Vraiment beaucoup.

Je perds un homme de bien, devenu un ami très cher malgré notre différence d’âge et malgrés les bornes kilométriques qui nous séparaient.

Ce consultant en informatique co-élevé sous les ailes aimantes de sa grand-mère issue du foyer Mukat’a Séppè de BonYoti par Moulongo, était aussi profondément agnostique mais se gardait toujours et en tout lieu de combattre la foi de quiconque. Voilà pourquoi il a fortement tatoué et à jamais les consciences de ceux qui l’ont côtoyé. « Rien ne remplacera jamais le trésor des moments passés ensemble », a dit un jour le poète. Aujourd’hui, j’honore sa mémoire et je pleure son souvenir. Qu’il repose en paix et que la terre de nos mengu  lui soit douce.

Je garderai toujours un souvenir très amical d’Ekumbasi. Il me manque déjà. Il nous manque déjà en Europe. Et je crois aussi au Cameroun.

Jumèhè da bwam a mutu d’am Ekumbasi

 

Moubeledi