A mon ami et frère René EMEH ELONG

Notre première rencontre date d’il y a une cinquantaine d’années à Bonadibong, le temps de vacances scolaires. Nous nous retrouvons de nombreuses années plus tard en septembre 1977 dans l’avion qui nous conduisait en France pour la poursuite des études supérieures. Après une première nuit passée dans une résidence universitaire à Saint Germain en Laye, c’est une autre, celle de Choisy le Roi, qui nous abritera les deux nuits suivantes dans son gymnase où, faute de place en cité, les matelas étaient disposés à même le sol. Nous étions là, nombreux, africains de toutes nationalités.

Pressés de partir pour Grenoble où les inscriptions étaient déjà closes, nous primes le train cette nuit- là pour notre ville d’accueil où nous arrivâmes au petit matin. Nous étions trois camerounais, NtédéEtanga, toi et moi, dans cet univers de froid, dans l’inconnu. Heureusement qu’à l’époque, les africains étaient bien organisés au sein de la FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France). Un de ses membres, un Burkinabé prénommé Issa nous attendait à la sortie du train. Après nous avoir offert du café, il nous aida à remplir toutes les formalités administratives ce jour et nous installa dans la seule résidence universitaire ouverte, celle du Rabot, au sommet d’une colline. Deux chambres sont mises à notre disposition, une de deux lits et une simple. Déjà à ce niveau, le destin commence à nous séparer : Tu occupes seul sa chambre.

Les cours doivent reprendre en octobre, mais nous sommes déjà là dans la deuxième moitié de septembre. La raison est que, contrairement à toutes les autres universités de France, l’Université Scientifique et Médicale de Grenoble nous impose un examen avant l’admission en son sein. En cas d’échec, la bourse était supprimée et le billet d’avion devait être récupéré à Paris pour le retour au Cameroun, nous avait-on mis en garde. Pendant toutes les vacances personne de nous n’avait ouvert ses cahiers. Alors que nous nous attendions à la rigueur à des tests psychotechniques, c’est plutôt de véritables épreuves que nous affrontons en mathématiques, physiques, mécanique, chimie et anglais pour les branches électronique pour Ntédé, électrotechnique pour toi, et génie civil pour moi.

A l’annonce des résultats deux jours après, sans que les noms soient dévoilés, nous apprenions que deux personnes étaient retenues. Le suspense n’avait pas duré longtemps puisque le lendemain nous avions su que tu étais recalé. Malgré nos interventions, nos justifications auprès de l’université, rien n’avait changé. Commença alors une nouvelle vie pour nous au cours de laquelle les nuits étaient faites de pleurs et de sanglots avec toujours et toujours l’évocation de ta grand-mère.

Dans ces moments de doute et d’incertitude, tu avais misé sur tes talents de footballeur pour sortir de l’impasse ; mais c’est un club d’amateurs qui t’avait accueilli à Grenoble et ne pouvait subvenir à tes besoins financiers malgré ton intégration. Découragé, tu avais pris la décision de rentrer au Cameroun. Mais arrivé à Paris, des connaissances t’en dissuadèrent. Tu nous en informas et nous remercias de notre aide qui avait continué jusqu’à ce que tu trouves ton équilibre à Paris.

Nous nous perdons de vue et de contacts pendant de longues années. C’est grâce au blog que je te retrouve. Puis à la faveur de tes nombreuses visites au Cameroun, nous nous revoyons physiquement. Tout s’accélère comme si nous devions rattraper le temps perdu. Nos domiciles s’ouvrent à nos deux familles et à deux reprises, tu nous fais l’honneur de visites et séjour chez nous à Bolounga, à Malimba.

Tes nombreux passages au Cameroun nous ont permis de réaliser à quel point nous étions plus proches que nous ne le savions : des amis communs, de la famille commune. Elimb’a Mukatè de BonaYoti à Moulongo, le frère de ta grand-mère que tu as tant aimée, avait épousé Djanga, la cousine de ma mère.

Que te dire René, sinon que sous nos cieux, on ne reconnaît la valeur de quelqu’un que quand il n’est plus, et tu t’en doutes bien, on ne va pas tarir d’éloges à ton endroit. Là où tu es, où tu nous a précédés, saches que:

RENE, TU ES UN HOMME FORMIDABLE

Marcelin NDOUMBE
NYA MULIMBA