stephane

Douala 1971 - Paris 2019

 

Mboa,

 

 

 

La nuit n’est jamais complète, elle peut se payer le zénith et frapper en plein jour. Il n’est point besoin d’attendre l’éclipse du soleil pour voir le ciel vous tomber dessus. Au plus profond de la chaire, dans ce qu’il y a de plus décourageant, de plus désarmant, il y a la perte d’un être cher qui peut tous nous anéantir. Tous autant que nous sommes.

 

La disparition de notre frère Stéphane Moudouthè Lothin vient nous rappeler combien notre existence ne tient qu’à un fil sur cette terre si remplie de mystères et d'incompréhensions. Bonatétè je pleure un frère et vous, avec moi.

 

A Paris où il résidait depuis plus d’un quart de siècle,  Stéphane a porté la cause de Malimba à bout de bras comme on porterait un destin d’Etat dans l'exercice d'un mandat public. Au four et au moulin, de diverses associations, il était aussi à la caisse et au pupitre. Un leadership charismatique qui s’était forgé une vision claire et pragmatique de la situation sociale de Malimba où il se rendait désormais.

 

Serviable sans être servile, ce talent malimba était avant tout un serviteur attachant. Que dire donc de Bonaberi, de Bruxelles,de Londres ou de SilverSpring où la soudaine disparition de ce grand cœur laisse pantois ceux qui l'ont connu. Aujourd’hui, nous sommes tous orphélins d’un homme autant que d’un esprit. Un grand esprit comme on a peu autour de soi. Tu es parti très tôt. Trop tôt mon frère.

 

Stéphane, mon cher Stéphane,

 

En 1999, avec d’autres congénères ( Bongo, Jocky, Dollè, Mbimbè, Argentine, …) nous avons, ensemble posé dans le 13 ème arrondissement de Paris, les jalons de ce qui allait être la première plateforme des Malimba d’Europe. C’est là que ton caractère travailleur et entrainant s’est révélé au grand public. Tu iras même jusqu’à nous claustrer dans ton appartement d'Asnières au printemps 2003, prétextant une perte "accidentelle" des clés puis intimant à nos illustres aînés profiter de cet "accident" pour mettre fin à leurs bisbilles d'égo pour l’intérêt supérieur de la paix communautaire. Un conclave de deux heures de temps qui fera date et durant lequel nous obtiendrons même notre "fumée blanche". Les deux belligérants, sous ton stratagème, finiront par nous gratifier d'une poignée de main historique digne d'une cérémonie de remise d'un Prix Nobel de la paix. Le coup du maître! Nous en parlions souvent. Mais désormais avec qui le ferai-je encore?  Près de 16 ans après ce fragment de vie , j'ai choisi de servir la valorisation de notre communauté par le canal du web et toi, avec passion et méthode, tu es resté sur la même trajectoire du contact humain: donner du sourire et de la fierté aux Malimba. Ceci porte un nom: la fidélité à un idéal. Emma en sait quelque chose.

 

C’est encore grâce à toi que j’ai pu retrouver mes soeurs Ange et Marlyse et ma nièce Christelle Ebouaney. Stéphane, tu m’étais précieux malgré les 234 bornes qui nous séparaient et que tu avalais quelques fois par an sur la A1. Que dire de tes nombreuses correspondances aériennes à Bruxelles durant lesquels nous parlions du village le temps d'un escale.

 

Aujourd’hui, la douleur de ton départ prend pour moi une autre dimension. Celle d’un aigle qu’on happe en plein vol. Au milieu du gué, tu me laisses seul face au chantier mémoriel et à ces arbres généaolgiques qui prenaient forme jour après jour et que nous comptions mettre à la disposition de la postérité dans un proche avenir.

 

Stéphane, personne n’a vu venir cette lame de fond. Cette attaque insidieuse et lâche aux 3 lettres que tu as subi dimanche soir. Personne cousin. Ni moi, ni nos frères et soeurs revenant joyeusement de Blois à tes côtés, ni ton épouse, ni avant ce jour, inhi ta mère, ni Ange, ni Marlyse, ni ton Babi, ni Beauté, ni tes adorables enfants, ni Papa et ta soeur au Cameroun. Personne.  L’attaque s’est faite sourde et sournoise. Elle nous a atteint tel un coup de poignard en plein coeur. Sans prévenir, sans pardonner.

 

Stéphane, digne fils BonaNgang, j’ai tant de gratitude d’avoir eu un cousin comme toi, qui n’était que gentillesse et générosité. Lorsqu’on perd ceux qui vous ont tant aimé et qu’on a tant aimé en retour, on est toujours un peu plus grelottant tout le temps, partout, même sous le soleil le plus brûlant. L’absence éternelle a décidément quelque chose de glaçant. Il me faudra m'y faire.

 

Toute ta vie tu auras eu avec autrui et sous mes yeux un rapport résumé en trois mots, que dire, en  trois verbes : rapprocher, soutenir, partager. Ta table et ta nappe étaient celles  de toutes les faims. Ta carafe d'eau, la gorgée de toutes les soifs. Convivial, chambreur et rassembleur, enfant Bolöy par Maljédu, tu étais un baobab comme diraient les animistes; et pour nous, un modèle de fraternité hors paire. Je te suis infiniment reconnaissant de tant d’humanité.

 

Même en sanglot; s’il y a une leçon que les innombrables meurtrissures de ces dernières années m’ont appris, c’est que le secret de l’apaisement de la douleur se situe quelque part entre la force du souvenir et la poursuite du travail interrompu par la disparition de l’être cher. Je veux espérer qu'il en soit encore ainsi.

 

Lorsqu'au pays des ombres tutélaires, ton chemin étoilé croisera les pas de René, de Jacques, de Gisèle ou de Jocky qui nous ont précédé, s'il te plait Steph dis leur que nous avons essayé, à notre modeste manière, de servir les nôtres sur le sentier si ténu du bonheur. 

 

Nos prières, Stéphane, te porteront tous les jours vers le plus apaisant des repos éternels.

 

"Brother", to na nin ndutu na yén élohou wé no i diya biho, londo na sélélé a muna nyang'am. Londo na sélélé

 

Muboledi