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Lire le propos du Ministre Motaze dans le journal "Defis actuels" du 26/02/18

 

La pêche de la palourde très prisé génère de solides revenus pour des familles, la commune et des acheteurs venant d’horizons divers.

 

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De l’or dans les eaux de l'embouchure de la Sanaga

 

Une cinquantaine de pirogues immobilisées sur le plan d’eau. De temps à autre, un occupant plonge, puis réapparaît pour lester sa barque d’un chargement. Avant de replonger dans le fleuve Sanaga qui s’écoule, indifférent à tout cet entrain. Nous sommes à Malimba, un des 28 villages de l’arrondissement de Mouanko, dans la Sanaga-Maritime. Mais surtout, un des centres de la pêche à la palourde, un mollusque comestible. Une activité très ancienne dans le coin. Adèle, restauratrice rencontrée plus tôt en matinée dans la commune, assure que les coquillages qui tapissent le sol de son espace de travail datent de plus de 40 ans. Emile, qui lui donne un coup de main, jure qu’il y en a qui sont sortis de l’eau il y a 100 ans. Ils sont au moins d’accord sur un fait : le business date.


Une raison simple à cela : il rapporte. Et plus le temps a passé, plus l’intérêt pour le filon a crû. Non seulement pour les fils et filles de Mouanko, mais aussi pour des personnes venant d’ailleurs, pour  acheter les fameux « Bissondas » – nom des palourdes en langue Yakalag. C’est que leur chair est appréciée, et réjouit les consommateurs à Edéa, Douala et au-delà. En outre, toute une autre activité s’est développée autour de la coquille de palourde. Riche en calcaire, elle est prisée par les fermiers et autres producteurs de provende, qui la mélangent à leurs aliments pour volailles, afin d’assurer à celles-ci des os plus solides. Un des acteurs rencontrés à Malimba déclare avoir par exemple des clients à Bafoussam.
De fait, les dizaines de sacs de coquillages déjà dressés ce matin de mai, attendent preneurs. Outre ces sacs, qui se négocient au bord de l’eau à 8000 F pièce - mais atteignent les 10 000 F l’unité une fois rendus à Mouanko - il y a ces tas. Ces monceaux, ces amas, ces monticules de coquillages derrière certains desquels pourrait se dissimuler un véhicule pick-up. « Ça, c’est le million », déclare, le doigt pointé vers une masse particulièrement impressionnante de coquillages, un responsable de la commune qui nous guide. Et pendant que la plage semble ainsi saturée, d’autres pêcheurs sont encore à l’eau, notamment la cinquantaine susmentionnée.
« 50 ? s’étonne un piroguier sur la berge, fil de nylon à la main. Il y a plus de 100 pirogues ! Beaucoup sont de l’autre côté », dit-il en indiquant du bras la végétation qui borde l’horizon, et nous empêche de voir cet « autre côté » du fleuve où l’activité se pratique également. Sur le tableau visible en tout cas, les chercheurs de palourdes continuent d’alterner plongeons et retours en surface.
Jean Yong, lui, n’est pas allé à l’eau, aujourd’hui. Du moins, il est juste au bord du fleuve, à écoper sa pirogue avec une écuelle de fortune, avant de puiser dans le tas de palourdes fraîches ramenées et former lui aussi un tas. Outre les chiffres relatifs aux coquilles, la chair de palourde fumée rapporte entre trois et cinq mille francs la tine – ici, une mesure d’environ cinq litres. Certaines femmes viennent en acheter en provenance du Gabon et du Nigeria.
De janvier à juillet, c’est la haute saison, la période des vaches grasses. L’argent coule alors à flots. Seulement, il n’est pas toujours bien géré, estime Alfred, fils de la localité en service à la commune. Si certains ont pu se réaliser, construire une maison et constituer une famille, d’autres basculent dans la folie saisonnière. D’éphémères unions maritales se forment, la java est de mise, ponctuée d’excès de toutes sortes… jusqu’à ce qu’appauvrissement s’en suive. A ce qu’il semble, la mairie essaie, depuis des années, d’amener les pêcheurs à se regrouper. Question qu’ils tirent tous des profits durables du filon. Il ne faut pas prendre la palourde à la légère.

Vision

Bertrand Ngouno: « Je revends mes coques aux fermiers »
Acheteur

« Je suis plus spécifiquement dans la coque de palourde, depuis sept ans. Avant, j’en rachetais à Bonamikano, à Douala. Mais depuis quatre ans, je viens acheter à Mouanko. Je revends aux fermiers, aux producteurs de provende. L’activité marchait bien. Malheureusement, nous avons connu un coup d’arrêt, lié à la grippe aviaire. Il y a aussi le problème des taxes, au niveau de la mairie et de l’administration en charge des eaux et forêts. A ce problème des taxes, s’ajoutent les coûts des contrôles routiers. Certains acteurs pouvaient réaliser des bénéfices de 150 000 F par semaine, quand les activités avaient bonne tournure. Maintenant, ceux-là tournent autour de 50 000 F, par semaine. »

Marie Kilama: « L’activité nourrit des familles »

Vendeuse de palourdes

« Les palourdes se vendent bien, même si l’activité ne tourne pas toute l’année. Nous les revendons à Douala et à Edéa, notamment. J’attends le retour du pêcheur, j’enlève les palourdes de leurs coquilles et je les apprête. En général, je vends des palourdes fraîches. Soit sur un site que nous avons au bord de l’eau, soit hors de Mouanko. Il m’est arrivé d’aller écouler mes produits à Douala, au quartier Nyalla, où les ventes sont organisées mardi, jeudi et samedi. Ou alors au Camp Yabassi, où les ventes s’effectuent tous les vendredis. Avec deux seaux, il m’est arrivé de réaliser une recette de 30 000 F. Cette activité nourrit des familles. J’ai trouvé ici des gens qui la pratiquent depuis des années. »

 

source: http://neoindependance.canalblog.com/archives/2017/05/31/35338971.html